3.1 L'épée et son histoire

par Wikipédia ; Michel Huynh ; Bruno Péronnet

L'épée et son histoire 

 

L'épée (du latin spatha, « chose plate » ) est une arme blanche à double tranchant (se distinguant ainsi du sabre) composée d'une lame droite en métal pourvue le cas échéant d'une gouttière (dépression longitudinale), d'une poignée et, dans certaines époques, d'une garde protégeant la main et d'un pommeau.

Le terme d’épée est polysémique :

  1. Il peut désigner l’ensemble de la famille et des descendants du glaive romain.
  2. Il a depuis le xxe siècle acquis un sens nouveau, l’« épée d’escrime », l'une des trois armes avec le fleuret et le sabre. C'est un des nombreux cas de terme récursif, un terme désignant à la fois un objet et la famille à laquelle il appartient.

Le présent article s’intéresse au sens numéro 1. Il aborde également le second sens, mais de manière mineure. La forme de l'épée détermine son utilisation, bien que la très grande majorité des épées combinent les deux types d'utilisations possibles de taille et d'estoc :

  • de taille : coup portée avec le fil de l'épée (l'arête tranchante) ;
  • d'estoc : coup porté dans l'axe de l'épée pour transpercer son adversaire.

Histoire

 

Antiquité

 

 

Les épées, c'est-à-dire des armes ayant une lame d'au moins trente centimètres, sont connues dès l'âge du bronze. Elles sont alors réparties en quatre types, dont le plus ancien est celui des "épées à languette large" du Bronze ancien ou moyen, dans la première moitié du IIe millénaire av. J.-C..

À l'âge du bronze final, les "épées à languette tripartite" ont les trois parties de la poignée clairement distinctes (garde, fusée et pommeau) : c'est au plus tard à cette période et probablement plus encore au premier âge du fer que l'arme acquiert une valeur aristocratique. Coûteuse, longue et complexe à élaborer, l'épée semble en effet se trouver exclusivement dans les tombes de personnages importants.

Difficile à manier, l'épée s'affirme au départ comme une arme de prestige et devient durant l'antiquité l'arme par excellence qu'utilise le cavalier pour frapper « de taille » le fantassin. Néanmoins, CeltesGermainsRomains l'utilisent aussi dans l'infanterie, sous différentes formes. On notera néanmoins que, jusqu'aux premières heures du Moyen Âge et jusqu'au viiie siècle, le "long couteau" (scramasaxe et autres) reste plus répandu que l'épée.

Dans le dernier quart du ive siècle, l'épée celtique (it) (dénommée cladio en gaulois, terme qui a donné le mot glaive), d'une longueur de lame de 60 cm devient un élément primordial de l'équipement standard du guerrier. Jusqu’à la période romaine, cette épée connaît un allongement de sa lame, tandis que sa pointe s'arrondit, ce qui indique un usage quasi-exclusif de taille.

Les légionnaires romains emploient le glaive (latin gladius), qui se porte au côté droit comme avant lui l'épée gauloise ou ibérique. Le glaive du haut Empire (type « Mayence ») est directement inspiré de l'épée hispanique avec une lame qui peut atteindre soixante centimètres. Par la suite, sa pointe se raccourcit et ses tranchants, jusqu'alors courbés en deux points (une courbure rentrante puis une courbure sortante, lame de type « pistilliforme »), deviennent droits (type « Pompéi »). Le glaive du légionnaire est peut-être l'arme qui contribue le plus à la supériorité militaire romaine des premiers siècles de l'ère chrétienne, notamment en raison de sa capacité à être utilisé de taille et d'estoc.

Parallèlement, la cavalerie romaine, souvent composée des troupes auxiliaires celtes ou germains, emploie un type d'épée longue (latin spatha). Sous les Sévères, la spatha devient à son tour une arme d'infanterie, avec une lame longue de 60 à 90 cm qui s'élargit progressivement, qui se porte au côté gauche.

Sans doute à cause des traits évoqués, l'épée est une arme dont la fabrication est confiée à des spécialistes. En raison de cela, un modèle est souvent et longtemps imité avant qu'une innovation apparaisse. Ainsi, les Germains avaient emprunté l'épée longue aux Celtes. À partir du iiie siècle environ, la spatha (l'épée longue romaine) s'inspire elle-même des armes germaniques occidentales : elle connaît son heure de gloire au moment des Grandes invasions ; c'est l'épée des barbares qui triomphe du glaive équipant les cohortes, en quelque sorte.

Moyen Âge

 

 

Exportée en Scandinavie (dans le Jutland), c'est celle-ci qui semble avoir servi de modèle originel à l'épée occidentale médiévale, dont le premier type est celui de l'épéemérovingienne, au pommeau triangulaire muni d'un anneau. L'épée longue « mérovingienne » sert à son tour de modèle à l'épée franque carolingienne, la meilleure de son temps au point que son commerce a été interdit à l'extérieur de l'empire. Celle-ci est perfectionnée jusqu'au ixe siècle en Saxe, puis copiée par les Vikings. Lors de l'établissement du duché de Normandie, l'épée Viking est améliorée jusqu'au xie siècle (son poids diminue et la garde s'allonge). La lame est alors en acier, tout comme la garde et le pommeau : fabriquée à partir de fer (élément malléable mais pas assez résistant pour en faire une arme), le forgeron médiéval utilise la cémentation en trempant la lame dans un mélange qui incorpore du carbone à la partie extérieure de la lame, la partie interne restant souple et flexible, spécialité des forgerons de Tolède.

En Iran, se développe à la même époque l'acier de Damas, possédant les mêmes qualités de tranchant et de flexibilité, grâce à son assemblage de particules d'aciers plus ou moins riches en carbone, procurant en prime un aspect esthétique remarquable. Le Japon n'est pas en reste, développant le forgeage de lames à partir de plaques de différents aciers (voir Structure de la lame du sabre japonais).

Au xiie siècle le pommeau rond se répand et remplace les pommeaux ovales ou lobés des épées Normandes. Des modèles à la garde recourbée apparaissent. L'estoc (pointe) peu prononcé (bien que fonctionnel) tend à s'effiler jusqu'au développement au début du xive siècle de l'épée d'estoc : son talon est large (jusqu’à 10 cm) et l'estoc très pointu permet de transpercer l'armure entre les plates qui apparaissent alors. À la fin du xiiie siècle apparaissent les épées longues (à deux mains) telles que le brand d'arçon qui, comme son nom l'indique, est porté sur la selle et est utilisé par le chevalier démonté. Les épées bâtardes (dites à une main et demi) se développent au xve siècle. Leur longueur et leur poids modérés ainsi qu'un excellent équilibrage (notamment grâce aux pommeaux en ampoule) en permettent l'usage à cheval et à pied, à une ou deux mains. Les épées très longues telles que les espadons restent d'usage au xve siècle et jusqu'au début du xvie (Zweihänder des Lansquenets).

Épées du Moyen Âge

Épées du Moyen Âge

Système de suspension

 

 

L'évolution de l'arme proprement dite est indissociable de celle de son système de suspension : les Celtes protohistoriques de la Tène avaient déjà su élaborer un système de suspension reposant sur deux chaînes : un brin court (15 cm) et sur un brin long (45 — 50 cm).

Au début du haut Moyen Âge, les épées sont portées au côté gauche au moyen d'un double pontet vertical (sorte de boucle rigide). L'origine exacte de ce dernier est incertaine : connu des Chinois, il faut attendre pour le voir utilisé en Occident. Les Sarmates et les Alains l'introduisent durant les invasions « barbares », une des découpes des Grandes invasions (iiie ‑ ive siècle). Jusqu'au xie siècle, le port de l'épée dans son fourreau en bandoulière ou grâce à une ceinture simple est courant. Plus tard, alors que l'usage de la cavalerie se répand, on utilisera des fourreaux attachés avec une double ceinture, conférant ainsi une meilleure stabilité à cheval. Pour les mêmes raisons, au xiie siècle, le port de l'épée, d'abord vertical le long de la jambe gauche, devient oblique. Il passe presque à l'horizontale au xve siècle lorsque les épées longues se répandent, afin que la pointe ne touche pas le sol quand l'homme d'armes est à pied. Les épées de très grande dimensions (brands, espadons) sont portées attachés à la selle du cheval, et non dans le dos. Les seules épées communément portées dans le dos furent les claymores des highlanders au xviie siècle.

Anatomie

Illustration : Bruno Péronnet ; Texte : Wikipédia

Illustration : Bruno Péronnet ; Texte : Wikipédia

La lame

 

De plus de 30cm, la lame a deux tranchants que l'on appelle aussi taille ou fil, le côté de la lame est le plat. Le premier tiers à partir de la pointe, le plus fin, est le faible, le dernier tiers, le plus épais, est le fort.

Le faible correspond à la partie la plus effilée de la lame, utilisée pour la taille lorsque le type de l'épée le permet, ainsi que pour les entailles. Le fort, lui, sert à recevoir la lame adverse dans les techniques de déviations des frappes adverses.

La géométrie de la lame varie à travers le temps avec comme souci principal l'adaptation à un travail donné, lié au contexte technologique et militaire de l'époque. On distingue ainsi des caractéristiques permettant de qualifier une arme :

- le profil général de la lame regroupe trois grandes catégories :

  1. lames à tranchants larges et parallèles: épées adaptées principalement à la taille (épée longue du xiiie siècle)
  2. lames à profil triangulaire à tranchants larges: épées adaptées à l'estoc et à la taille (épée longue du xve siècle)
  3. lames sans tranchant : épées d'estoc (rapière de la fin du XVIIe, épée de cour du XVIIIe)

Une lame correctement créée présente aussi un profil non uniforme dans le sens du tranchant : le tranchant est plus épais près de la garde qu'à la pointe, ceci depuis les toutes premières épées et pour des raisons de répartition des masses, d'équilibre et de vivacité de la lame.

- la section de la lame est également une donnée clef :

  1. section lenticulaire: génère une lame très tranchante, mais assez souple: épées de taille (épée Viking)
  2. section diamant (losangéiforme allongée) : lame moins tranchante mais très rigide et légère: épées d'estoc, et dans une moindre mesure de taille (épée longue du xve siècle, rapière duXVIIe)
  3. section hexagonale : génère une lame moins tranchante, mais rigide et lourde: épée de taille et d'estoc destinée à couper/casser des matériaux durs (cotte de mailles et plaquettes, par exemple)
  4. section carrée ou triangulaire à pans creux : lame de pur estoc (épée de cour du XVIIIe). Quantité et répartition de la matière optimisée dans la section.

- la pointe est arrondie et aplatie pour une épée typée taille, et acérée et plus épaisse pour l'estoc.

- les gouttières : celles-ci sont destinées à alléger la lame tout en conservant ses principales propriétés mécaniques. Cela diminue aussi la section de la lame, et sa densité, ce qui occasionne en général une perte de rigidité (surtout si la gouttière parcourt presque toute la lame). Les gouttières sont donc principalement présentes sur les lames à section lenticulaires et tranchants parallèles. Une épée qui veut prétendre à de bonnes facultés d'estoc en est dépourvue (ou quasiment).

- le ricasso : présent sur les épées de la fin du Moyen Âge et surtout à partir de la Renaissance, c'est une partie du fort de la lame non affutée, éventuellement protégée par des anneaux, voire des petits quillons, qui sert, selon la taille de l'arme, soit à placer une main (grande épée à deux mains des soldats "Double Solde" de la Renaissance), soit l'index, en avant de la garde (rapière, permet un meilleur contrôle en estoc).

La garde

 

Protégeant la main, la garde peut être constituée soit de deux quillons perpendiculaires au corps de l'épée et donnant la forme d'une croix, soit d'une coquille, généralement en demi-sphère, qui enveloppe la main, soit des deux. On peut aussi avoir un capuce qui est un arc de cercle reliant la coquille au pommeau. Elle peut avoir des formes décoratives, et parfois inclure des ornementations supplémentaires (diamants incrustés, couleurs...).

Les premières épées sont dépourvues de garde ou quasiment. Les quillons apparaissent en premier: ils permettent d'arrêter, voire de capturer une lame filant le long de l'épée. Au fil du temps ils sont de plus en plus grands, jusqu'à l'apparition de la rapière où ils rétrécissent pour finalement être intégrés à la garde en corbeille, avant de disparaître totalement sur les épées de cour. Les quillons ne sont pas une protection idéale: il faut sans cesse orienter l'épée correctement pour arrêter la lame adverse, sous peine de la laisser passer. Par contre, de nombreuses techniques d'escrime médiévale se basent sur une utilisation plus "offensive" des quillons, utilisant leurs propriétés pour dévier et coincer activement la lame adverse, justement avec un contrôle précis de leur orientation, permettant ainsi de placer un estoc ou une entaille après avoir dévié et emprisonné un coup de taille. Les quillons peuvent aussi à l'occasion avoir un usage purement offensif en tant qu'instrument perforant, comme la pointe d'un marteau de guerre.

À la base de la garde côté lame, la chape est un lambeau de cuir qui peut être attaché à la garde de l'épée. Appelé également protège pluie, elle sert à protéger l'embouchure du fourreau et empêcher l'eau de pénétrer dedans. Cette pièce de gros cuir très solide joue également le rôle d'une protection rudimentaire pour les doigts dans le cadre d'une escrime faisant un bon usage des quillons.

Au début de la Renaissance, les quillons se voient doublés d'anneaux de part et d'autre du plat de la lame, dessinant un "8" et permettant en plus une vraie protection des mains. Lorsque l'épée longue fait place à la rapière, les lames ne sont presque plus utilisées pour la taille, aussi les quillons perdent-ils de leur intérêt. Dans l'évolution suivante les lourds et solides quillons des épées médiévales sont devenus inutiles, aussi se développent de multiples artifices de protection pure : anneaux, puis garde en corbeille des rapières italiennes, garde en coquille, plus simple et plus efficace mais moins élégante, sur les rapières espagnoles, ou opérant une synthèse des deux sur les rapières à la Pappenheimer. On voit l'apparition du pas-d'âne, élément intercalaire entre la garde et la poignée, qui comporte généralement deux anneaux, disposés dans le plan de la lame, dans lesquels passer les doigts pour accroître le contrôle sur la lame. Mais les rapières elles-mêmes tendent ensuite à s'alléger, et une différenciation commence à s'opérer entre l'arme lourde de guerre, et l'arme civile ou de parade, légère et esthétique. Pour les civils, c'est l'émergence de la petite épée, ou épée de cour, tandis que les cavaleries lourdes, principalement, adoptent fortes-épées et wallonnes, qui renouent avec les capacités de taille un temps négligées.

Ces armes lourdes ont une monture solide, généralement à deux fortes coquilles plates ajourées ou à plateau, et branches de garde, en fer ou en laiton fondu. Elles évolueront vers les belles et bonnes gardes à branches en laiton des sabres et épées militaires post-révolutionnaires. L'épée civile, généralement à lame triangulaire à pans creux, est utilisable exclusivement d'estoc. La garde est généralement composée de deux petites coquilles décorés, dont parfois l'une est rabattable, et qui portent alors le nom de "claviers". Une unique branche de garde vient parfois agrémenter ces montures légères, faites pour une escrime très occasionnelle, sinon pour la parade pure et l'affichage du rang social.

La poignée

 

La soie est un prolongement de la lame, allant en s'amincissant vers le pommeau, sur lequel s'enfile la garde, la poignée, et ledit pommeau. Généralement, la soie forme une sorte de queue à la lame, et se trouve cachée dans la poignée, mais sur certaines épées en bronze anciennes, et sur d'autres exemples historiques (comme le Messer, certaines scramasax ou langsax), la soie est parfois "à plate semelle", c'est-à-dire plate et formant le profil de la poignée, alors composée de deux côtes ou plaquettes fixées par rivets sur la plate semelle, au contraire d'une soie traditionnelle sur laquelle la poignée est enfilée. Le pommeau peut être soit rivé en bout à la soie, soit vissé dessus.

Historiquement, les poignées ont été confectionnées de toutes les façons qu'il est possible d'imaginer. Parfois, une simple bande de cuir était enroulée autour d'une forte soie, mais généralement, sur l'épée viking ou médiévale, la poignée est faite de deux demi coques de bois, avec aménagement pour la soie, recouverte d'une épaisseur de cuir (bande enroulée ou pièce unique cousue longitudinalement). Pour accroitre la prise, on enroulait assez espacé un fil de matière végétale entre les coques de bois et la pièce de cuir; une fois la pièce de cuir cousue en place, on enroulait alors un autre fil, généralement plus décoratif, le filigrane, entre les saillies laissés par le fil sous-jacent. Sur les épées plus tardives, quand on s'est mis à vouloir les faire d'un aspect plus léger (rapières, puis épées de cours, mais aussi fortes-épées), la poignée commence à prendre une forme plus fine, mais renflée au milieu. On donne alors à cette poignée le nom de « fusée » (terme dont l'usage peut cependant être étendu à toute poignée sur soie, en opposition aux plates semelles dont la poignée est formée de côtes). Elle peut être réalisées selon la méthode précédente avec bois et cuir, soit en recouvrant le bois de filigranes de fer, de laiton ou d'argent torsadés (et autres métaux précieux pour les armes de prestige), enroulés serrés et recouvrant alors toute la surface de la fusée, soit même de bronze ou de laiton fondu, ce qui permet de faire des manches durables figurant des motifs (décoratifs ou en vue d'une meilleure prise).

Le pommeau

 

Le pommeau est l'extrémité de l'épée la plus proche de l'escrimeur. Il sert de butée, évitant que la main glisse de la poignée. Il peut aussi servir à l'occasion pour porter un coup. Les pommeaux sont généralement fait de bois. Ils ne servent pas alors de contrepoids, qui réduirait la puissance des coups de taille et en ferait une arme aisément balayée sur le côté par un adversaire.

Les épées vikings en service entre le viiie et le xie siècle disposent d'un pommeau en fer plein, qui vient remplacer les épées vikings de la période précédente qui avaient des pommeaux en anneaux creux. À partir du xiiie siècle, les épées bâtardes européennes se dotent d'un pommeau en métal plein, afin d'équilibrer cette lame plus longue. Dites à 1 main et demie, ces épées bâtardes disposent d'une poignée plus longue, et la deuxième main vient saisir l'épée par le pommeau et le bout de la poignée.

Les armes européenne d'estoc tardive disposent d'un pommeau de métal qui agit comme contrepoids, équilibrant la lame et permettant une plus grande vivacité. Une épée capable d'estoc doit avoir une pointe légère pour être vive et précise. Or, une pointe légère donne une lame ayant un pouvoir de coupe moindre, fournissant moins d'énergie cinétique à la coupe. Lors d'un mouvement circulaire autour du centre de gravité de l'épée, il constitue une masse en mouvement opposé à celui de la lame. Cela équilibre la dynamique de l'épée et allège la charge de travail des poignets et des avant-bras.

Sur les armes à gardes à branches, au moins l'une de celles-ci vient généralement se fixer sur le pommeau. Elles peuvent être soit emboitées par une sorte de crochet, soit vissées, notamment lorsque les branches sont en fer (courant sur les épées de type "wallonne").

Les types

 

Épées à une main :

  • cladio : épée celte en fer de La Tène, lame de 80 à 90 cm, pointe large et tranchants parallèles
  • xiphos : épée courte des anciens Grecs ;
  • glaive : épée courte à lame et garde symétrique des légionnaire romains ou plus tard des hauts dignitaires au xixe siècle ;
  • spatha : épée longue romaine des grandes invasions ;
  • arming sword : épée cruciforme tenue à une main, ce que l’on imagine habituellement quand on pense à une épée (c’est l'épée longue dans les jeux de rôles) ;
  • side-sword : « spada de lato » en italien, c'est une épée développée pour lutter contre les plates et utiliser un ricasso tout en continuant à utiliser l’arme à une seule main) ;
  • katzbalger : (étripe chat en allemand) une épée courte utilisée par les lansquenets ;
  • rapière : épée longue et fine utilisée en Europe à partir de la fin du xve ;
  • épée de cour : une version plus courte de la précédent, prolongeant la tendance d'une arme de moins en moins utilitaire ;
  • épée de soldat : épée à pas d'âne dont étaient munis les soldats à l'époque de Louis XIV et Louis XV ; de médiocre qualité, elle servait à indiquer leur statut militaire plutôt qu'à se battre
  • jian : épée chinoise légère utilisée notamment pour la pratique du Tai-Chi.
  • braquemard : épée large et courte
  • colichemarde
  • Reitschwert
  •  

 

Épées à deux mains :

  • épée bâtarde (ou épée à une main et demie), utilisable à une ou deux mains
  • claymore épée longue des Hautes Terres d'Écosse
  • espadon (zweihänder en anglais et allemand), un épée tardive conçue pour la force brute et l'effet de choc
  • flamberge, un type de lame qui présente une ondulation sur les deux tranchants. Cette conception avait la réputation de faire vibrer la lame adverse d'une façon dérangeante et de causer plus de dégâts dans le corps de l'adversaire. Seules quelques rapières et des espadons en ont bénéficié de manière plus qu'anecdotique.
  • la canne-épée utilisée par les bourgeois vers la fin du xixe siècle et au début du 20ème pour l'auto défense.

L'épée au musée de Cluny à Paris

 

L'épée est sans doute l'un des objets les plus représentatifs du Moyen Âge. Elle est à la fois arme de guerre, signe de pouvoir et de justice, objet d'apparat. Aucune autre production profane de cette époque n'a suscité autant d'intérêt et de fascination. L'épée. Usages, mythes et symboles est la première manifestation consacrée à ce thème. Elle réunit cent vingt oeuvres : un ensemble d'épées couvrant toute la période du Ve au XVe siècle, dont certaines mythiques comme celle de Jeanne d'Arc, ainsi que des manuscrits, peintures, objets d'orfèvrerie et ivoires.

 

L'objet "technique"

 

L'épée est présente dans toutes les civilisations pratiquant la métallurgie, de l'âge du cuivre jusqu'à l'époque contemporaine. À travers des objets archéologiques, la première section de l'exposition présente les aspects relatifs à sa fabrication. L'univers des ateliers et des forges est, par exemple, évoqué avec l'épée de Gicelin (première moitié du XIe siècle), qui porte la signature de son forgeron. Quelle que soit sa forme, une épée est immédiatement reconnaissable à ses quatre parties : la lame, la garde, la fusée, le pommeau. Au-delà de ces éléments invariables, il existe une extraordinaire variété de types (dague, fauchon, Messer) et de décors. Ceux-ci, qu'ils soient très simples ou au contraire foisonnants et luxueux, sont bien souvent révélateurs d'un contexte social et artistique.

 

Usages réels

 

L'épée est d'abord une arme utilisée pour vaincre l'ennemi et donner la mort. L'apprentissage de son maniement est essentiel dans l'éducation des chevaliers et des princes. Un exceptionnel Traité de combat de tradition germanique, manuscrit de la fin du XVe siècle, dévoile l'enseignement de grands maîtres d'armes, dont Johann Lichtenauer. Tout aussi précieux, le Flos duellatorum du maître italien Fiore dei Liberi présente un panorama complet d'arts martiaux et de techniques de combat. L'épée est également un instrument de loisir, pour l'escrime ou encore pour la chasse. Deux des très rares épées de chasse conservées dans le monde sont ainsi exposées : celle de Philippe le Beau, roi de Castille et père de Charles Quint, de la fin du XVe siècle, et l'extraordinaire épée de chasse de René d'Anjou. De manière plus inattendue, l'usage féminin de l'épée est évoqué à travers la représentation du suicide ou encore la présence d'une épée dans une tombe de femme.

Usages symboliques

 

Autour de ces usages directs gravitent de nombreuses significations symboliques. L'épée illustre la prérogative royale en matière de droit et sert à rendre la justice, elle est utilisée lors de rituels fondamentaux comme l'adoubement et le sacre. Image d'une fonction, elle peut aussi être celle d'une nation. Un des temps forts de l'exposition est ménagé pour la réunion d'épées « nationales ». Ces oeuvres, pour certaines encore jamais prêtées, incarnent à elles seules un pays, en faisant référence à l'un de ses souverains. On peut citer ainsi l'épée de Svante Nilsson Sture, régent de Suède autour de 1500 et défenseur de son indépendance, ou, pour la France, la célèbre épée de Charlemagne, dite Joyeuse. L'histoire de cet objet, dont la légende est contée notamment dans la Chanson de Roland, résume à elle seule les dimensions multiples de l'épée. Des objets et armes liés à de hautes fonctions sont rapprochés de cet ensemble. À ce titre sont présentées une épée de connétable, dignitaire ayant la charge des armées du roi, ou encore l'estoc pontifical, un présent prestigieux offert chaque année au Moyen Âge par le pape à un personnage qu'il souhaitait distinguer.

 

Le mythe

 

L'épée possède comme nul autre objet une part de personnification et d'enchantement, et certaines sont devenues mythiques, notamment dans la sphère littéraire et artistique. Elles portent un nom, à l'image des célèbres Durandal ou Excalibur. Elles sont dotées de qualités
extraordinaires : voler, briser un roc, rendre invincible son propriétaire. Leur utilisation confine à la magie, on en appelle à elles comme à Dieu. Ainsi figurent parmi elles des épées de saints (épée de saints Côme et Damien, épée de saint Maurice, épée de saint Georges) ou encore de héros (Durandal, épée de Roland). Sa présence, dans le réel comme dans
l’imaginaire, se prolonge bien au-delà du Moyen Âge, depuis les épées touaregs du XIXe siècle jusqu'à l'épée moderne de l'académicien Jean-Pierre Mahé.

A voir également, L'épée à la Renaissance, sélection d’oeuvres présentées au musée national de la Renaissance, château d'Ecouen (19 kms de Paris), en parallèle de sa collection d’armes et d’un parcours thématique.

L'épée est à la fois arme de guerre, signe de pouvoir et de justice, objet d'apparat, concentré de technicité et de modernité. Étroitement associée au chevalier, l'épée possède une part de personnification et d'enchantement. La relation qui l'unit à son propriétaire est indéfectible.

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