6. Confection d’étuis en cuir sur mesure

par Bruno Péronnet ; Métiers d'Autrefois ; Wikipedia

Ma méthode

 

Pour étendre ma passion, j’ai pris goût à confectionner des étuis en cuir entièrement fait à la main pour mes réalisations coutelières. Ma méthode est traditionnelle tel un bourrelier ce qui me permet de faire du sur mesure. J’utilise des cuirs comme : le collet végétal, des chutes Hermès, de l’autruche,  du galuchat (peau de raie) et autre selon la demande.
 

Mon procédé consiste à suivre les étapes suivantes :
 

  • LE TRACAGE : je créer le profil de l’étui à l’aide d’un gabarit.

  • LA DECOUPE : elle se déroule à l’aide d’une paire de ciseaux, demi-lune etc...

  • LE PARAGE : il me permet d’affiner la tranche du cuir. Celui-ci n’est pas systématique.

  • LA DOUBLURE : les cuirs utilisés  sont collés et cousus à la main.

  • L’ASSEMBLAGE : il est cousu à la main ; les pressions et les rivets sont assemblés à la presse.

  • LA FINITION : dépend de la nature du cuir, mais dans tous les cas la tranche de l’étui est cirée ce qui permet une protection contre les intempéries et celle-ci rend plus esthétique le produit.

 

6. Confection d’étuis en cuir sur mesure
6. Confection d’étuis en cuir sur mesure

Le Bourrelier et son histoire

 

Depuis que le cheval est devenu le meilleur ami de l'homme, le bourrelier a trouvé sa raison de vivre. Il est aussi sellier lorsqu'il doit fournir selles et rênes des cheveaux montés. A l'occasion, il est aussi matelassier ce qui lui procure un coplément de revenu.

Depuis que le monde agricole n'utilise plus de chevaux, le bourrelier a cessé d'exister dans chaque village. Par contre, le sellier a encore de beaux jours devant lui, puisque le cheval de monte est toujours présent, que ce soit pour les loisirs ou pour ceux qui le montent pour leur profession.
La camargue reste, par exemple, un endroit où le sellier est un homme important.

Couture de bourrelier

Couture de bourrelier

Situation géographique

 

A la campagne, les bourreliers sont nombreux dans les régions de forte agriculture (Nord, Beauce,...) où les bêtes de somme, chevaux mais aussi boeufs et âne, leur procurent amplement du travail. On trouve aussi le bourrelier, sellier celui-là, dans les bourgs et villes où les chevaux de trait et de selle sont plus nombreux, notamment à partir du XVIIIème siècle avec le développement de la diligence, des carrosses et autres malles-postes.

 

Matière première

 

La principale matière travaillée par le bourrelier est le cuir de boeuf ou de vache qui, lorsqu'il est de bonne qualité, est le plus résistant. Pour certaines pièces, il utilisait parfois le cuir de mouton. Le bourrelier devait aussi utiliser différents tissus, toiles caoutchoutées, moleskine. Pour fabriquer les colliers, il devait également travailler le bois et utiliser des clous, rivets, ferrures et autres pièces de métal, ainsi que de la bourre (poils d'animaux ou fillase de chanvre) - d'où le nom de ce métier.

 

 

Les outils

 

Le bourrelier utilisait un couteau mécanique avec une réglette pour découper des lanières de cuir. Pour les coutures, une molette ou roulette équipé d'une roue crantée permettait de tracer la ligne de couture. L'alèneperçait les trous, puis la couture proprement dite était effectuée avec des aiguilles de différentes tailles. Le travail était peaufiné à l'aide du formoir et du lissoir.
Le bourrelier utilisait également le couteau à pied, aussi appelé guillotine, pour la mise en forme et l'affinage du cuir, ainsi que des outils plus classiques tels que compasmarteau et emporte-piècepinces et tenailles.

 
Outils de bourrelier et de sellier
Outils de bourrelier et de sellier

Outils de bourrelier et de sellier

De la peau au cuir

 

Transformer la peau brute de l'animal encore fraîche en un cuir de qualité. Tout l'art du TANNEUR est ici résumé. Découvrez les multiples étapes de ce métier pénible, mais ô combien enrichissant, qui permet d'obtenir une matière première utilisée ensuite dans l'habillement, la bourrellerie, et plus récemment l'ameublement.

 

Il existe différents types de cuir, qui peuvent être distingués par leur aspect, le processus de production ou l'origine de la peau :

 

Origines

 

Il est possible de réaliser des cuirs à partir de peaux de :

mais également à partir de peaux de pécaris, d'autruches, de reptiles (crocodileslézards...) ou de poissons cartilagineux (galuchat).

 

 

Aspect

 

 

  • cuir brut, bleu ou mou : parler de cuir brut ou vert est un abus de langage. Lorsque le cuir est brut ou vert, il s'agit de la dépouille de l'animal, issue de l'abattoir, non traitée (tannée). De ce fait, il serait plus correct de parler de peau brute ;
  • cuir de Russie : cuir solide, souple et étanche de (jeune) vache préparé en Russie avec une préparation à base d'écorce de bouleau (ce qui donne l'odeur typique qui a donné son nom au parfum Chanel) et éventuellement teint en rouge ou noir ;
  • cuir bouilli : cuir que l'on fait bouillir avec diverses substances pour fabriquer notamment des tabatières ;
  • cuir tanné aux tanins végétaux ou aux sels de chrome ;
  • cuir corroyé : obtenu en immergeant les peaux dans l'eau, en les foulant avec les pieds pour les assouplir et en les enduisant ensuite d'un corps gras, plus utilisé pour la cordonnerie ;
  • maroquins : peaux de chèvre ou de mouton tannées au sumac ou à la noix de galle ; les relieurs l'utilisent beaucoup ;
  • peaux mégissées : peaux de chevreau, de mouton ou d'agneau rendues imputrescibles au moyen de sels marins et d'alun, employées dans la ganterie ;
  • cuirs vernis : peaux corroyées auxquelles on applique plusieurs couches d'un mélange de craie en poudre, de noir de fumée et d'huile siccative ; après quoi on les enduit au pinceau avec un vernis ;
  • nubuck : cuir gratté réalisé à partir d'un cuir pleine fleur ou d'un cuir fleur sciée ;
  • cuir pleine fleur : cuir gardant son épaisseur d'origine, le plus résistant ;
  • cuir fleur sciée : cuir dont on a diminué l'épaisseur tout en gardant le côté fleur ;
  • croûte de cuir : épaisseur de peau obtenue lorsque l'on refend le cuir pour obtenir l'épaisseur désirée (d'où le terme « refente » de cuir). Le morceau de peau obtenu, généralement de la taille (surface) de la peau d'origine, ne possède pas de fleur (c’est-à-dire de côté lisse). Elle est le plus souvent enduite de vernis ou de polyuréthane et « imprimée » pour simuler un cuir pleine fleur. Elle peut aussi être transformée en suède ;
  • peau de chamois : autrefois fabriquée avec de véritables peaux de chamois traitées à l'huile de poisson, elle est aujourd'hui produite par traitement de peaux d'ovins ou caprins domestiques, sous le nom de « peau chamoisée », la technique associée est appelée le « chamoisage » ;
  • la peau de chagrin est un cuir d'onagre, de chèvre ou de mouton, servant jusqu'au XIXe siècle à la couverture et à la reliure des livres.

 

 
Aspect spécialement élaboré pour Hermès

Aspect spécialement élaboré pour Hermès

Composition de la peau

 

La peau est constituée de 3 couches :

  • l'épiderme, qui est en contact avec l'extérieur et qui subit les agressions ;
  • le derme, qui est la couche de cellules vivantes, organisées en un tissu très serré. C'est le lieu de naissance des poils et où sont présentes les terminaisons nerveuses ;
  • l'hypoderme, c'est une couche de cellules graisseuses, c'est un tissu lâche, et qui est directement en contact avec les muscles.

Salage et dessalage

 

 

Les peaux fraîches vont être salées afin d’être conservées. Le salage a pour but d’éliminer l’eau des tissus et ainsi de ralentir le développement des micro-organismes présents et leur action de putréfaction. Du sel de mine grossier de granulométrie de 2 à 3 mm de diamètre est utilisé auquel des agents antiseptiques peuvent être additionnés. Lors du salage, les peaux peuvent perdre jusqu'à 10 % de leur poids en eau. Les peaux sont empilées de façon à faciliter l’écoulement de la saumure dans un local avec une humidité relative de 70 % à 90 %. La température est maintenue aux alentours de 10 °C pour améliorer la conservation des peaux.

Au bout de quinze jours, les peaux sont dessalées, examinées une à une et triées en fonction de leur épaisseur, du nombre de défauts de dépouille, de la présence de cicatrices ou encore en fonction de leur poids et de leur surface.

 

 

 

" Travail de rivière "

 

 

Une fois la peau arrivée à la tannerie, elle subit le « travail de rivière » qui est une succession de cinq opérations :

  • le trempage (ou reverdissage) : la peau est réhumidifiée pour retirer les impuretés et les souillures ;
  • le pelanage : cette opération consiste au retrait chimique des poils grâce au pelains ;
  • l’écharnage : à cette étape, on retire le tissu sous-cutané mécaniquement ;
  • le confitage : les résidus de tissu sous-cutané sont éliminés ;
  • le picklage : à ce stade, la peau est putrescible, pour la préparer à l’étape suivante et pour la conserver, elle est acidifiée et salée pour lui retirer de l’eau.

Tannage

 

Le tannage est l'opération qui consiste à transformer la peau en cuir grâce à des tanins, substances de différentes natures (végétale, minérale comme les sels de chrome, organique) qui permettent de passer d’une peau putrescible, sensible à l’eau chaude et très hydratée à une matière imputrescible, résistante à l’eau chaude et peu hydratée.

 

Les tanneries étaient souvent situées près d'une rivière ou d'un cours d'eau, car les lavages successif nécessitent beaucoup d'eau. Bien entendu, la proximité des lieux d'élevage facilitait l'approvisionnement en matière première.

 

Au départ de tout cuir, on trouve la peau d'un animal. Les plus utilisées étaient celles des boeufs, veaux, vaches, moutons et autres chèvres. On pouvait aussi tanner, plus rarement, les peaux d'ânes,de chevaux ou de mulets. Plus près de nous, on tanne toutes les peaux d'animaux  (dans la limite des lois, bien entendu) ; cela peut aller du félin à l'alligator, en passant par le rat, le lézard ou le daim. On peut même voir dans une tannerie du nord de la France, une peau d'éléphant !

 

Les peaux des animaux étaient stockées dès leur livraison, après salaison. La première étape, qui ne nécessite que de l'eau, consistaient donc en un lavage minutieux afin de les débarasser du sel, et de les ramollir. L'étape suivante était le pelanage, qui consistait à tremper les peaux dans un bain de chaux afin de faciliter la chute des poils. Vient ensuite le travail du drayeur ; celui-ci, penché toute la journée sur lechevalet enlève les résidus de chair et les impuretés de la peau à l'aide d'un boutoir, lame à deux manches. Les poils sont également ôtés ; ils serviront de bourre pour le bourrelier.
La peau est ensuite nettoyée à l'aide de la lunette à parer, outil en forme de disque, tranchante à l'extérieur.
Les peaux sont ensuite tannées, c'est-à-dire qu'on les fait tremper dans des cuves avec le "tanin" (à l'origine : extrait de tan obtenu à partir de l'écorce de chêne broyée). Cette opération pouvait durer plusieurs mois. Les tanneurs disaient : "Pour faire un bon cuir, il faut du tan et du temps". Plus tard, à l'époque industrielle, les cuves seront remplacées par d'énormes tonneaux rotatifs motorisés, appelés foulons.
Les peaux sont ensuite rincées.
Elles subiront ensuite différents traitements visant à leurs donner la qualité recherchée (teinture, nourriture, déridage, séchage) ; c'est le travail du corroyeur. Le finissage viendra ensuite compléter le corroyage ; il y a d'abord le palissonage (étirement pour donner de la souplesse), le ponçage, la pigmentation.

 

 

Tannage du cuir à Fès (Maroc).

Tannage du cuir à Fès (Maroc).

Corroyage finissage

 

Le cuir obtenu va subir les traitements nécessaires à sa commercialisation, il subit l’essorage pour lui supprimer l’eau encore présente, son épaisseur lui est conférée par le dérayage et la mise au vent permet de l’étirer et de corriger les défauts dus aux plis.

 
 

Finition

 

À cette étape, le cuir va acquérir des propriétés spécifiques, notamment sur la texture et son aspect. Ces propriétés permettront d’uniformiser les cuirs issus de la production. Selon les utilisations, on distingue le finissage aniline, semi-aniline et le finissage pigmenté.

Le finissage aniline met en valeur la surface du cuir en le recouvrant d’un produit transparent. C’est un cuir qui a un très bel aspect, mais dont l’entretien demande une attention particulière. Le cuir semi-aniline est couvert d’une couche de pigment légèrement opaque et d’une couche de produit translucide, ce qui permet de cacher de petits défauts. Le cuir pigmenté est recouvert uniquement d’une couche de pigments opaque. Il est facile d’entretien et peu sensible à l’eau.

 

Utilisation

 

Cette matière est utilisée dans différents domaines incluant selleriemaroquineriecordonneriebourrellerie, fabrication de vêtementsganteriegaineriereliuresculpture, fabrication de meubles et armurerie.

 
Etui en cuir d'autruche doublé de collet végétal sur fond de cuir autruche et galuchat

Etui en cuir d'autruche doublé de collet végétal sur fond de cuir autruche et galuchat

Au fil du temps

 

L'homme a utilisé les peaux d'animaux depuis qu'il est sur terre, d'abord pour s'abriter, puis pour se vêtir. Toutefois à l'origine les peaux n'étaient pas traitées, mais seulement fumées et séchées ; elles devaient donc être remplacées souvent. L'une des fonctions du tannage est de rendre la peau imputrescible.
Il semblerait que le tannage ait été connu des égyptiens et des chinois. En France le tannage aurait été introduit par les templiers. La technique du tannage végétal connait son plein essor à partir du XVIIIème siècle.
A la fin du XIXème siècle, l'industrialisation permet de réduire le temps de traitement pour le faire passer de plus d'une année (voir deux) à quelques semaines.
Aujourd'hui les traitements chimiques ont sonné le glas de la tannerie traditionnelle. Il ne subsiste plus que quelques dizaines de celle-ci en France.

 
Etui en collet végétal

Etui en collet végétal

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